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Mésusage

#F001 Mésusage des agonistes des récepteurs au GLP-1 en tant que produit amaigrissant

De quoi parle-t-on ?

Extension de l’indication des antidiabétiques agonistes des récepteurs au GLP-1 comme traitement de l’obésité

Pourquoi a-t-on choisi d’en parler?

L’histoire de la pharmacovigilance montre que les médicaments amaigrissants commercialisés en France ont été systématiquement associés à des problèmes liés à leur profil de risque (fenfluramine PONDERAL®, dexfenfluramine ISOMERIDE®, benfluorex MEDIATOR®, rimonabant ACOMPLIA®, …).
Des antidiabétiques agonistes des récepteurs au GLP-1 (aGLP-1: liraglutide SAXENDA® et sémaglutide OZEMPIC®, WEGOVY®) ont obtenu une autorisation de mise sur le marché dans l’indication patients obèses non diabétiques.
Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos très populaires montrent des pertes de poids spectaculaires liées à l’utilisation de l’antidiabétique sémaglutide. En ville, plusieurs pharmaciens d’officine ont signalé au réseau des Centres de Pharmacovigilance (CRPV) des cas de mésusage témoignant d’utilisations ou de prescriptions d’aGLP-1 chez des patients non diabétiques en vue d'une perte pondérale.
Un mésusage des aGLP-1 chez les personnes en excès de poids expose ces utilisateurs à des effets indésirables potentiellement graves.

L’avis de la SFPT

Dans l’attente de preuves d’un bénéfice clinique démontré au-delà de la simple perte de poids (qui ne perdure pas à l’arrêt du traitement) et des risques potentiellement graves d’un traitement prolongé, la SFPT ne peut recommander l’utilisation des agonistes des récepteurs au GLP-1 en tant que produit amaigrissant.
L’augmentation importante de l'utilisation de ces produits au niveau mondial et notamment aux Etats-Unis dans l’indication de perte de poids provoque actuellement des tensions d’approvisionnement préjudiciables à la prise en charge des patients diabétiques qui en ont besoin. Nous recommandons ainsi la plus grande vigilance face à toute nouvelle demande de prescription d'aGLP-1, il faut refuser la prescription et la délivrance de ces médicaments en dehors des indications autorisées et signaler les éventuelles falsifications d’ordonnance. Pour toute question ou signalement de mésusage ou d’effet indésirable en lien avec cette problématique, vous pouvez contacter votre Centre Régional de Pharmacovigilance.

#F003 Alerte sur le risque d’abus/dépendance avec la gabapentine et la prégabaline

De quoi parle-t-on ?

Augmentation de l’utilisation inappropriée et de l’abus/mésusage de la gabapentine et prégabaline au regard de leur balance bénéfices/risques1  https://doi.org/10.1111/add.15970 

Pourquoi a-t-on choisi d’en parler ?

Les gabapentinoïdes (gabapentine, NEURONTIN®, et prégabaline, LYRICA®) sont indiqués dans l’épilepsie et la douleur d’origine neurologique dite neuropathique. La prégabaline est également indiqué dans le trouble anxieux généralisé. Leur utilisation est en très forte augmentation, en particulier dans la douleur, et dépasse de loin la prévalence de ces troubles, faisant craindre qu’ils soient utilisés hors AMM, dans des indications où leur bénéfices n’est pas démontré1, 2.
Les gabapentinoïdes ont été promus dans la prise en charge de la douleur, notamment en peropératoire, dans un contexte marqué par une volonté de moins recourir aux analgésiques opioïdes (opiacés ou morphiniques). Contrairement à ce qui est attendu, une étude observationnelle récente a montré que les patients consommaient davantage d’opioïdes suite à l’initiation de prégabaline 3. En pratique, les gabapentinoïdes sont souvent associés à d’autres psychotropes sédatifs tels que les opioïdes ou les benzodiazépines, ce qui augmente le risque d’effets indésirables4. Une augmentation des épisodes de détresse respiratoire et/ou de décès, en particulier en association avec des opioïdes, a d’ailleurs été observée dans de nombreux pays5.
Alors que les gabapentinoïdes ont initialement été promus en raison d’un risque d’abus prétendument faible, leur potentiel d’abus/mésusage et de dépendance est désormais avéré et bien réel4,5. En France, l’abus de prégabaline est un phénomène relativement récent, apparu au début des années 2010, et en très forte augmentation ces dernières années6,7.

L’avis de la SFPT

Devant toute initiation ou renouvellement d’un traitement par gabapentine ou prégabaline, la SFPT souhaite rappelle la nécessité d’évaluer la balance bénéfice/risque compte tenu des bénéfices modestes en particulier dans la prise en charge de la douleur et des risques avérés.
attentionLes associations médicamenteuses, en particulier avec des médicaments sédatifs et notamment avec les opioïdes, doivent faire l’objet d’une vigilance particulière.
doigtPour toute question ou signalement d’effet indésirable en lien avec cette problématique, vous pouvez contacter votre Centre régional de pharmacovigilance. Pour toute question ou signalement d’abus ou de trouble de l’usage et/ou leurs complications, vous pouvez contacter votre Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance – Addictovigilance.

#F005 PharmacoFact de noël : traitements de la gueule de bois : infos et intox!

De quoi parle-t ’on ?

Du traitement de la « gueule de bois » que certains risquent d’expérimenter au cours de ces fêtes de fin d’année (1). https://doi.org/10.1111/add.15786

Pourquoi a-t’on choisi d’en parler ?

Ce tableau clinique souvent présent en fin de soirée arrosée à l’occasion des festivités se caractérise généralement par la présence de céphalées qui peuvent être parfois très intenses, parfois pseudo-migraineuses, associées à de nombreux troubles digestifs parmi lesquels nausées, vomissements, troubles du transit, le plus souvent diarrhées. Ces épisodes sont brefs, régressent généralement en 24h mais peuvent conduire à prendre des remèdes de charlatans qui peuvent faire plus de mal que de bien (1).
Le mécanisme de la gueule de bois est probablement multifactoriel avec une seule certitude : la déshydratation joue un rôle central du fait d’un effet diurétique de l’alcool qui inhibe la sécrétion de l’hormone antidiurétique vasopressine.
Il n’existe pas de traitement ayant démontré son efficacité. Les antalgiques niveau 1, en particulier le paracétamol sont modérément efficaces et doivent être pris avec prudence car ils peuvent avoir des effets indésirables (en particulier toxicité hépatique du paracétamol) accrus dans ce contexte.

Ce qu’en pense la SFPT :

Le seul traitement efficace est la prévention par un consommation d’alcool avec modération. La réhydratation est la pierre angulaire du traitement. Aucun remède autre que le paracétamol (avec les limites rappelées plus haut) n’a à ce jour fait la preuve de son efficacité dans la prise en charge thérapeutique de cet état de « gueule de bois » ! Comme toujours dans ce genre de situation, toute autre thérapeutique (médicamenteuse ou non) expose à un risque d’interactions pharmacocinétiques ou pharmacodynamiques (bien connues avec l’alcool !) (2) et d’effets indésirables, suivant l’adage populaire selon lequel « le remède est pire que le mal » !

Pour approfondir :

Ce qu’il est commun de dénommer « gueule de bois » est la conséquence le plus souvent d’une déshydratation en raison d’une modification de notre hydratation principalement centrée sur les boissons alcoolisées que nous partageons lors des fêtes de fin d’année, associée dans la plupart des cas à une modification de notre alimentation, une augmentation souvent très significative notre apport sodé qui nécessite de faire appel aux capacités d’adaptation de notre rein pour éliminer cette charge en sel qui ne peut s’éliminer autrement qu’en s’accompagnant d’une élimination d’eau le plus souvent non compensée. Il s’agit ni plus ni moins que d’un état de déshydratation, que les médecins appellent communément extra-cellulaire ou globale à l’origine de la majorité sinon la totalité des symptômes que nous ressentons.
L’hydratation (avec de l’eau) est donc la principale mesure à mettre en œuvre. Elle permet de corriger la déshydratation et la soif qui l’accompagne. Il n’a pas été montré de bénéfice de l'ajout d'électrolytes, l'organisme rétablissant rapidement l'équilibre électrolytique une fois que les effets de l'alcool s'estompent.
Dans un contexte d’alcoolisation aigue, le paracétamol n’est pas dénué de risque et peut conduire à d’hépatite médicamenteuse dont la mortalité est proportionnelle à la dose consommée et au terrain sous-jacent, sujet âgé, au sujet dénutri ou carencé notamment en glutathion, alcoolisme chronique (3). La dose initiale de 1 gramme ne sera éventuellement renouvelée qu’avec un intervalle minimum de 6 heures entre chaque prise.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens exposent à un risque non négligeable d’insuffisance rénale dite fonctionnelle dans un contexte de déshydratation (4) et peuvent avoir un effet gastrique majoré, ils sont donc à éviter dans ces situationsTous les autres traitements plébiscités dans la population générale, sur nombre de site internet ou réseaux sociaux aucun n’a fait la preuve de son efficacité, ils doivent donc être évités.
Enfin tordons le cou à tous les mythes, ni le café, ni les douches, ni la prise d’alcool le lendemain n’ont un effet démontré. L’ordre des boissons importe peu, c’est seulement la quantité d’alcool qui prime. 
Nous vous souhaitons à tous un très joyeux Noël et une très bonne fin d’année 2022 !!!

Références

  1. Roberts E, et al. The efficacy and tolerability of pharmacologically active interventions for alcohol-induced hangover symptomatology: a systematic review of the evidence from randomised placebo-controlled trials.  Addiction 2022; 117:  2157-2167. https://doi.org/10.1111/add.15786
  2. https://pharmacomedicale.org/pharmacologie/les-sources-de-variabilite-de-la-reponse-au-medicament/
  3. Rotundo L, et al. Liver injury induced by paracetamol and challenges associated with intentional and unintentional use. World J Hepatol 2020; 12(4): 125-36.
  4. Harirforoosh S, et al. Renal adverse effects of nonsteroidal anti-inflammatory drugs. Expert Opin Drug Saf 2009; 8(6): 669-81.

#F006 Les médicaments vasoconstricteurs pour le traitement des symptômes liés au rhume

De quoi parle t-on ?

Des médicaments contenant des vasoconstricteurs décongestionnants de la sphère ORL contenant de la pseudoéphédrine (DOLIRHUME®, RHUMAGRIP®, ACTIFED RHUME JOUR ET NUIT®…) indiqués dans la prise en charge des symptômes liés au rhume.

Pourquoi a-t ’on choisi d’en parler ?

Le rhume ou rhinopharyngite est une pathologie fréquente et bénigne de l’hiver presque exclusivement d’origine virale. Les symptômes d’un rhume, bien que non graves, peuvent être gênants pour les patients. Ils associent notamment une rhinorrhée souvent claire puis purulente à une obstruction nasale et peuvent s’accompagner d’une fièvre modérée durant souvent moins de 3 jours, de douleurs musculaires diffuses et secondairement d’une toux (dans le cadre d’une pharyngite, laryngite ou bronchite). Le traitement du rhume est purement symptomatique. Il repose en premier lieu sur un lavage des fosses nasales avec une solution de sérum physiologique et la prise de paracétamol en cas de fièvre ou de douleurs musculaires. Une bonne hydratation du patient ainsi qu’une aération de l’environnement sont recommandés. Les médicaments contenant des vasoconstricteurs décongestionnants de la sphère sont largement utilisés et banalisés dans cette indication depuis de nombreuses années.

Ce qu’en pense la SFPT :

La SFPT rappelle que les médicaments contenant des vasoconstricteurs décongestionnants n’ont aucune place dans la prise en charge des symptômes du rhume. Ces médicaments anciens n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité, il n’y a pas d’étude ayant montré de différence avec un placebo sur des critères cliniquement pertinents. Ils exposent par ailleurs à des effets indésirables « très rares » mais « très graves » notamment cardiovasculaires (type d’infarctus du myocarde et de crises hypertensives), neurologiques (AVC) ou psychiatriques (hallucinations, épisodes psychotiques).

#F010 MAJ Mésusage d’un anti-histaminique H1, cyproheptadine (periactine®) pour la prise de poids

Mise à jour du 15/07/2024 : la SFPT se félicite de l'inscription de Periactine sur la liste des médicaments à prescription obligatoire

De quoi parle-t-on ? 

Du mésusage de la cyproheptadine en tant qu’orexigène dans un but de prise de poids à des fins esthétiques.

Pourquoi a-t-on choisi d'en parler ?

L’histoire de la pharmacovigilance montre que les médicaments agissant sur le poids (anorexigènes ou orexigènes) ont été systématiquement associés à des problèmes liés à leur profil de risque (fenfluramine ponderal®, dexfenfluramine isomeride®, benfluorex mediator®, rimonabant acomplia®, plus récemment semaglutide ozempic® voir le pharmacofact précédent #F001 Mésusage des agonistes des récepteurs au GLP-1 en tant que produit amaigrissant.
Le mésusage de la cyproheptadine comme orexigène est ancien, il est néanmoins réapparu ces dernières années d'abord dans plusieurs pays du continent africain avant d'arriver en France. Cette pratique est actuellement relayée sur les réseaux sociaux avec des vidéos faisant la promotion de ce médicament à des fins esthétiques pour ressembler à certains mannequins ou influenceurs.
La cyproheptadine est un antihistaminique H1 indiqué dans le traitement symptomatique des allergies, ici détourné de son usage pour ses effets secondaires orexigènes à des fins de prise de poids. L'usage détourné dans le but d'une prise de poids de cet antihistaminique ancien expose à de nombreux effets indésirables du fait  de ses propriété sédatives, atropiniques, adrénolytiques et antisérotoninergiques, effets le plus souvent méconnus par les patients utilisateurs. L'ANSM en 2022 a alerté dans une information de sécurité sur l'utilisation comme orexigène à des fins esthétiques de la cyproheptadine. Des cas de mésusage de la cyproheptadine perdurent néanmoins et ont été signalés aux Centres Régionaux de Pharmacovigilance (CRPV) en 2023. 

(MAJ 07/2024) Suite à ces signalements, la dispensation des médicaments à base de cyproheptadine en pharmacie n'est plus possible que sur prescription médicale à compter du 10 juillet 2024.

L'avis de la SFPT

La cyproheptadine, qui n’a plus de place dans la stratégie thérapeutique comme antihistaminique et voit son utilisation détournée, expose à de nombreux effets indésirables (neurologiques, psychiatriques, cardiaques, hématologiques ou digestifs). La SFPT considère que le rapport bénéfices risques de la cyproheptadine devrait être réévalué en vue du retrait de son autorisation de mise sur le marché ou au minimum de son inscription sur une liste à prescription obligatoire.